Le paradoxe du Festival du film méditerranéen d’Annaba Affiche séduisante, réalité absente

 

 

À première vue, l’affiche de la 6ᵉ édition du Festival du film méditerranéen d’Annaba séduit par son esthétique raffinée, une silhouette féminine portée par des drapés fluides, dans une palette de bleus élégants évoquant la mer et l’imaginaire méditerranéen. Pourtant, derrière cette composition visuelle soignée, une question essentielle s’impose : où est Annaba ?

Rien, dans cette représentation, ne renvoie clairement à l’identité, à l’histoire ou aux spécificités culturelles de la ville. Ni ses paysages emblématiques, ni son patrimoine, ni même une symbolique reconnaissable. L’affiche, qui a été confiée au designer égyptien Hesham Ali, semble flotter dans un univers abstrait, déconnecté de tout ancrage territorial. Plus troublant encore, elle rappelle fortement le style d’une œuvre conçue par le même designer, qui a réalisé une affiche similaire pour le Festival international du film de femmes d’Assouan , programmé à une période proche de celle du rendez-vous annabi.

Cette proximité esthétique soulève des interrogations légitimes sur l’originalité et la pertinence du choix artistique. Pourquoi, dès lors, ne pas faire appel aux talents algériens ? Le pays regorge de designers, d’illustrateurs et de créateurs capables de traduire visuellement l’âme d’Annaba. À l’image d’autres manifestations culturelles, comme le festival Imedghassen, un appel national à la création aurait pu être lancé, favorisant l’émergence de propositions authentiques et enracinées dans le territoire.

Mais au-delà de l’affiche, c’est une problématique plus profonde qui se dessine, celle de la cohérence entre discours culturel et réalité locale. Comment une ville peut-elle organiser la sixième édition d’un festival de cinéma sans disposer d’une véritable salle de projection digne de ce nom ? Comment prétendre célébrer le 7ᵉ art lorsque, entre deux éditions, la culture cinématographique semble inexistante, voire réduite au néant ?

Le constat est sévère, absence d’infrastructures, manque d’activités cinématographiques régulières, et une dynamique culturelle qui peine à s’inscrire dans la durée. Le festival apparaît alors comme un événement isolé, sans continuité ni impact structurant , une vitrine éphémère, faite d’annonces répétées, mais sans véritable ancrage dans la réalité locale.

Ainsi, derrière l’élégance de l’image se cache un vide plus profond, celui d’une politique culturelle qui privilégie l’apparence au contenu, l’événementiel à la construction durable.

Annaba mérite mieux qu’un simple décor symbolique ; elle mérite une vision, une stratégie, et surtout une véritable vie cinématographique.

Sara Boueche

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