À l’occasion de la Journée mondiale de la santé, Annaba s’est muée en capitale de la réflexion psychiatrique. Le 5ème Congrès national des maladies mentales, tenu les 9 et 10 avril 2026 à l’hôtel Seybouse International, a tracé les contours d’une psychiatrie moderne, centrée sur le dépistage précoce et l’interdisciplinarité.
C’est dans une atmosphère empreinte de solennité et d’effervescence intellectuelle que se sont ouverts, jeudi 9 avril, les travaux du congrès organisé par l’Association des médecins spécialistes en psychiatrie présidée par la Dr Bensaida Messaouda. Sous l’égide des autorités locales, représentées par le secrétaire général de la wilaya, et en présence d’éminentes figures académiques, cette rencontre a rappelé une urgence : faire de la santé mentale une priorité de santé publique.
Dans son allocution inaugurale, la présidente du congrès a mis en exergue la nécessité impérieuse de renforcer la sensibilisation autour des troubles mentaux, en insistant sur l’importance du dépistage précoce. Elle a souligné que des signes souvent banalisés, changements de comportement, irritabilité, isolement, peuvent constituer les premiers indicateurs de pathologies plus complexes, nécessitant une prise en charge rapide et adaptée. Cette approche préventive, a-t-elle insisté, demeure un levier essentiel pour améliorer le pronostic des patients et réduire les complications.
La conférence d’ouverture, magistralement menée par Michel Dugnat (Marseille) et Ania Yahiaoui (Étampes), a posé le socle des débats en explorant les liens étroits entre la théorie de l’attachement et la pathologie mentale. En soulignant l’importance des premiers liens affectifs, les intervenants ont rappelé que la vulnérabilité psychique se dessine souvent dès l’aube de la vie, justifiant ainsi l’axe central du congrès, l’intervention précoce.
Les Psychoses Débutantes : La course contre la montre
Le premier grand volet scientifique a été dédié aux psychoses émergentes. Des experts tels que Mohamed Taleb et Philippe Nuss ont décortiqué la notion de «premier épisode psychotique ». Le consensus est clair, l’identification des « états mentaux à risque » est le levier majeur pour modifier le pronostic clinique.
L’innovation s’est également invitée au débat avec une session prospective sur l’apport de l’intelligence artificielle dans la prédiction des transitions psychotiques. Cette « psychiatrie algorithmique » promet, demain, d’affiner les diagnostics avant même l’éclosion des symptômes majeurs.
L’enfance et l’adolescence : Un carrefour de vulnérabilités
La journée du 9 avril a largement fait écho aux troubles émergents chez les plus jeunes. Du TDAH (Trouble Déficit de l’Attention avec Hyperactivité) à l’émergence des personnalités borderline, les spécialistes ont mis en garde contre la banalisation des signes précurseurs. Un focus particulier a été porté sur : L’impact de la pathologie parentale sur le développement de l’enfant, les troubles oro-alimentaires et l’influence délétère des réseaux sociaux sur les TCA (Troubles du Comportement Alimentaire), l’autisme, dont le dépistage précoce aux « frontières du repérable » reste un défi majeur en Algérie.
Culture, Famille et Société
Le congrès n’a pas omis la dimension socioculturelle de la maladie mentale. La Session 03 a abordé des thèmes sensibles tels que le suicide face à la société, l’ethno-psychopharmacologie et l’impact épigénétique du stress maternel. Ces échanges ont souligné que le patient n’est pas un îlot biologique, mais le produit d’une histoire familiale et d’un contexte social spécifique.
Vers une prise en charge tout au long de la vie : Périnatalité et Sujet Âgé
La seconde journée, le vendredi 10 avril, a élargi le spectre temporel de la réflexion. La session sur la périnatalité, modérée par les Prs Oussedik et Metahri, a traité de la souffrance des parents et de la complexité du deuil périnatal.
Enfin, la santé mentale du sujet âgé a clos les travaux. Entre l’étude des troubles psychotiques dans la maladie d’Alzheimer et les troubles cognitifs en réanimation, les experts ont plaidé pour une approche plus humaine et spécifique de la gériatrie psychiatrique.
En clôturant cette 5ème édition, les participants ont réitéré la nécessité de déstigmatiser la psychiatrie. Entre l’usage des biomarqueurs, l’intégration de l’IA et la préservation du lien clinique, Annaba a prouvé que la psychiatrie algérienne est à l’heure de la modernité, sans pour autant oublier sa mission première : l’écoute et l’humanité au service du patient.
Un hommage au dévouement institutionnel
En marge de cette rencontre scientifique, un moment fort en émotion a été consacré à l’hommage rendu au Dr Mohamed Nacer Daâmache, ancien directeur de la santé et de la population, récemment admis à la retraite. Cette distinction honorifique vient saluer un parcours professionnel exemplaire, marqué par un engagement constant et une contribution significative au développement du secteur de la santé publique, notamment dans les wilayas de Constantine, Skikda et Annaba.
Cet hommage symbolique reflète la reconnaissance des institutions sanitaires envers une figure ayant œuvré avec rigueur et dévouement au service de la collectivité, dans un contexte où les défis liés à la santé mentale prennent une importance croissante.
