Algérie – Italie
Face aux turbulences persistantes au Moyen-Orient et à la défaillance des livraisons qataries, Rome se tourne vers Alger. Plus qu’un simple ajustement technique, ce pivot confirme le retour en force de l’Algérie comme pilier stratégique de la sécurité énergétique du sud de l’Europe.
L’Algérie revient brusquement au cœur de l’équation énergétique européenne. Alors que les tensions géopolitiques au Proche-Orient perturbent les flux mondiaux, l’Italie étudie sérieusement une augmentation de ses importations de gaz via gazoduc depuis l’Algérie.
Cette décision intervient dans le cadre d’un plan d’urgence visant à compenser la perte de cinq cargaisons de Gaz Naturel Liquéfié (GNL) en provenance du Qatar, bloquées depuis début avril.
Energie : Le « cas de force majeure » qatari profite à Alger
Le déclic de ce basculement est clair : le géant QatarEnergy a été contraint de déclarer l’état de « force majeure » sur ses exportations de GNL. L’énergéticien italien Edison a ainsi été informé de l’impossibilité de recevoir ses livraisons prévues, alors que les opérations de liquéfaction et le transit par le Golfe sont lourdement impactés par l’instabilité régionale.
Selon des rapports de Reuters, un retour à la normale pourrait prendre des semaines, voire des mois. Une incertitude que Rome ne peut se permettre d’ignorer. Le ministre italien de l’Énergie, Gilberto Pichetto Fratin, a d’ores et déjà activé plusieurs leviers : gaz américain, approvisionnements d’Azerbaïdjan et, surtout, un recours accru aux partenaires africains, avec l’Algérie en tête de liste.
Algérie-Italie : Le retour en force du gazoduc face aux incertitudes du GNL
Si l’Italie diversifie ses sources (Libye, Mozambique, États-Unis), l’Algérie s’impose comme le « gagnant relatif » de cette crise. Sa force ? Une infrastructure déjà en place et une proximité géographique imbattable.
Contrairement aux solutions maritimes, soumises aux aléas des détroits et aux coûts du fret, le gazoduc Transmed reliant l’Algérie à l’Italie offre une stabilité physique et contractuelle. « L’Algérie ne se présente pas comme une alternative théorique, mais comme une source fiable, rodée et immédiatement mobilisable », soulignent les analystes. Dans un marché où le GNL devient une variable d’ajustement géopolitique, le gaz acheminé par tube retrouve ses lettres de noblesse.
Pour Alger, l’enjeu dépasse le simple volume de ventes supplémentaires. Il s’agit de cimenter son image de fournisseur « de dernier ressort » en période de chaos. En économie de l’énergie, la fiabilité et la régularité des livraisons s’intègrent désormais dans le prix politique de la ressource.
Le rapport de Business Insider Africa confirme cette tendance : la crise actuelle a propulsé les producteurs africains au premier rang mondial. Mais l’Algérie bénéficie d’un avantage structurel que ses voisins n’ont pas encore totalement : une « préparation systémique ».
Vers un partenariat structurel plutôt que conjoncturel ?
L’Italie semble désormais traiter avec l’Algérie non plus comme une solution de secours, mais comme le socle d’une politique de réduction des risques. L’objectif est de limiter l’exposition de la péninsule aux aléas des routes maritimes lointaines.
Comme le soulignent les experts internationaux, l’affaire des cinq cargaisons qataries perdues est révélatrice d’une faille plus profonde dans la cartographie mondiale de l’énergie. En période de conflit, la valeur d’un voisin stable disposant d’un pipeline opérationnel est inestimable. L’Algérie ne vend plus seulement du gaz ; elle vend de la sécurité énergétique.
