Giorgia Meloni à Alger : Les objectifs d’une visite surprise

 

 

Par Eco Times:

 

La présidente du Conseil italien Giorgia Meloni pose ses valises à Alger hier mercredi 25 mars pour une visite officielle dont les enjeux dépassent largement le cadre protocolaire. Au cœur de l’agenda : le gaz, les contrats, et l’avenir d’un partenariat devenu structurant pour l’économie italienne. C’est ce que révèle l’agence italienne Agenzia Nova.

 

En effet, à l’heure où les marchés énergétiques mondiaux traversent une période de fortes turbulences, l’Algérie s’impose plus que jamais comme une pièce maîtresse dans l’échiquier des approvisionnements européens.

D’ailleurs, les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, l’Italie a acheminé quelque 20,1 milliards de mètres cubes de gaz algérien via le gazoduc Transmed, représentant environ un tiers de sa consommation nationale annuelle. Une dépendance qui n’a rien d’une fragilité aux yeux de Rome — bien au contraire, elle témoigne d’un choix stratégique délibéré, engagé dès avril 2022 au lendemain du déclenchement de la guerre en Ukraine.

À l’époque, les deux pays avaient conclu un accord prévoyant une augmentation des livraisons d’environ 40 %, via une montée en cadence progressive des flux du Transmed. En l’espace de trois ans, l’Algérie s’est ainsi hissée au rang de partenaire énergétique incontournable, supplantant progressivement des sources d’approvisionnement jugées désormais trop risquées politiquement.

Le gaz liquéfié (GNL) vient compléter ce tableau : 47 cargaisons algériennes ont été livrées à l’Italie en 2025, contre 31 l’année précédente — une progression de plus de 50 % en un an, qui témoigne de la montée en puissance de la filière GNL dans la relation bilatérale.

Si la visite de Meloni s’impose aujourd’hui avec une telle urgence, c’est aussi en raison de perturbations récentes sur le marché mondial du GNL. Des incidents majeurs ont affecté environ 17 % des capacités d’exportation qataries, soit près de 12,8 millions de tonnes par an, avec des pertes chiffrées en milliards de dollars.

Ces dysfonctionnements font planer le risque d’un réexamen, par QatarEnergy, de certains de ses engagements contractuels à long terme vis-à-vis de partenaires européens, dont l’Italie figure parmi les concernés.

Face à ce scénario, Rome a entrepris une tournée active de diversification. Le ministre italien de l’Environnement et de la Sécurité énergétique, Gilberto Pichetto Fratin, a confirmé l’ouverture de négociations parallèles avec plusieurs pays — États-Unis, Azerbaïdjan, et en tête de liste, Algérie.

Un signal clair : Alger n’est plus simplement un fournisseur de complément, mais un acteur de référence dans la stratégie de résilience énergétique italienne.

En arrière-plan de cette visite se joue également un enjeu contractuel de taille. Le partenariat entre Sonatrach et Eni, épine dorsale des échanges gaziers entre les deux pays, voit ses contrats de long terme arriver à échéance autour de 2027. Des discussions sont d’ores et déjà engagées pour leur renouvellement et leur adaptation aux nouvelles conditions de marché.

La visite de Meloni intervient donc à un moment charnière, où il s’agit d’envoyer un signal fort aux opérateurs et aux marchés : Rome s’inscrit dans la durée avec Alger, et entend sécuriser juridiquement et politiquement les bases de ce partenariat avant toute échéance contractuelle.

Une relation économique qui s’élargit

L’énergie, si elle domine l’agenda, n’est pas le seul registre de cette visite. Les deux pays affichent une relation commerciale globale en nette progression : les échanges bilatéraux ont frôlé les 13 milliards d’euros en 2025, portés notamment par une hausse de 13,8 % des exportations italiennes, essentiellement composées d’équipements industriels et de machines.

Parmi les pistes explorées figure la création d’une chambre de commerce italo-algérienne, outil institutionnel destiné à structurer et dynamiser les investissements croisés dans les secteurs industriels, mécaniques et au-delà. Une initiative qui marquerait un saut qualitatif dans une relation jusqu’ici principalement axée sur les hydrocarbures. Aussi, le contexte dépasse les seules relations bilatérales.

L’Union européenne s’est engagée à se passer progressivement du gaz russe d’ici 2027, dans le cadre du plan REPowerEU. Rome a clairement exclu tout retour aux importations russes, s’alignant sur une orientation européenne à long terme.

Dans un marché du GNL sous tension — où la concurrence asiatique fait monter les enchères et où les autres grands fournisseurs comme la Norvège ou les États-Unis opèrent à pleine capacité — l’Algérie dispose d’un avantage comparatif décisif : la proximité géographique, des infrastructures existantes (le Transmed en est l’exemple le plus éloquent) et une capacité de montée en puissance déjà éprouvée.

Ainsi, au-delà du symbole diplomatique, la venue de Giorgia Meloni à Alger cristallise une réalité économique nouvelle : l’Algérie est devenue un pilier de la sécurité énergétique de l’Europe du Sud. Pour Alger, c’est une position de force à cultiver — et à monnayer avec discernement.

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