Annaba fait son cinéma… sans cinéma Quand « Ciné Bouna » révèle un paradoxe culturel

 

Du 15 au 17 janvier derniers, Annaba a renoué avec la magie du septième art grâce à l’initiative « Ciné Bouna ». Pendant trois jours, les Annabis ont pu goûter de nouveau aux émotions du grand écran : rires, frissons, découvertes et voyages cinématographiques. Une bouffée culturelle salutaire pour une ville passionnée d’art, mais toujours privée d’un élément essentiel : une véritable salle de cinéma.

Avec « Ciné Bouna », les plus grands succès du box-office international et local ont été projetés au Théâtre régional d’Annaba ‘’Azzedine Medjoubi’’, en partenariat avec MD Ciné. Au programme, neuf films, dont deux algériens et un tunisien, proposés au public bônois dans une configuration technique professionnelle en DCP avec son Dolby Digital 5.1. Les projections, prévues à raison de deux week-ends par mois, ont attiré curieux, étudiants et cinéphiles.

Parmi les œuvres présentées figuraient notamment Roqia de Yanis Koussim, venu lui-même à la rencontre du public, ainsi que 196 mètres de Chakib Taleb Bendiab. Une programmation qui prouve que le cinéma algérien a toute sa place à Annaba, et que le public répond présent lorsque l’offre existe.

Mais derrière l’enthousiasme, une réalité saute aux yeux : Annaba organise des festivals de cinéma sans disposer d’une salle obscure digne de ce nom. Les projections se tiennent dans un théâtre, espace culturel respectable, mais qui ne remplace pas l’expérience complète d’un cinéma. Le noir total, l’acoustique pensée pour l’image, l’écran géant, l’isolement du monde extérieur… autant d’éléments qui font du cinéma un rituel collectif unique.

Regarder un film ne se résume pas à voir des images. C’est une immersion. C’est un silence partagé. C’est un moment où la ville s’efface pour laisser place à la fiction. Aujourd’hui, à Annaba, cette immersion reste partielle. Le public assiste, mais ne vit pas pleinement le cinéma.

Et pourtant, la demande est bien réelle. La jeunesse bônoise, les familles, les étudiants et les amateurs de culture montrent un intérêt croissant pour les projections, les rencontres avec les réalisateurs et les événements artistiques. Annaba est une ville universitaire, touristique et historique, qui mérite une infrastructure culturelle à la hauteur de son potentiel.

« Ciné Bouna » apparaît alors comme une belle initiative, mais aussi comme un miroir. Il révèle un paradoxe : une ville qui aime le cinéma, qui organise des festivals méditerranéens, qui accueille des réalisateurs, mais qui n’offre pas encore à ses habitants une vraie maison pour le septième art.

La question s’impose d’elle-même : à quand des salles de cinéma dignes de ce nom à Annaba ? À quand un espace permanent où les Annabis pourront, chaque semaine, entrer dans le noir, oublier le quotidien et voyager à travers l’écran ?

En attendant, « Ciné Bouna » fait revivre la flamme. Mais pour que cette flamme ne reste pas éphémère, Annaba devra un jour rallumer ses projecteurs dans de vraies salles obscures. Car une ville sans cinéma, même pleine de films, reste une scène incomplète.

Sara Boueche

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