Cours particuliers La guerre silencieuse dans les couloirs de l’école

 

 

Dans de nombreux établissements, une guerre informelle et souvent invisible se joue hors des heures de classe : la course aux élèves pour les cours particuliers. Ce phénomène, signalé par des parents, des élèves et quelques enseignants, révèle des pratiques inquiétantes où la compétition professionnelle se transforme parfois en coercition pédagogique.

Les cours particuliers constituent depuis longtemps une activité complémentaire pour certains enseignants. Mais, au fil du temps, cette pratique a pris des allures de marché structuré : niveaux tarifaires, paliers de prestations et stratégies commerciales pour attirer un carnet d’élèves. Ce processus de professionnalisation n’est pas en soi problématique ; il devient préoccupant lorsque la logique commerciale vient miner l’éthique pédagogique.

En effet, dans cette course féroce et effrénée, chaque élève devient un client, chaque niveau scolaire un palier rentable, et chaque bulletin une vitrine.

On se dispute les collégiens, les lycéens. On promet un meilleur encadrement, des astuces ‘’maison’’, parfois même des sujets ‘’qui tombent souvent’’ Jusque-là, la concurrence reste supportable. Le problème commence quand elle sort de la salle de soutien pour entrer dans la salle de classe.

Car plusieurs élèves racontent autre chose. Ils parlent de regards qui changent, de notes qui glissent, de remarques piquantes lancées devant les camarades. Ils évoquent aussi cette phrase à demi-mot : « Si tu ne fais pas cours chez moi, tu le regretteras. » Pas besoin de cris. Une interrogation surprise, une correction excessivement sévère, une mise à l’écart suffisent parfois à faire passer le message.

Ainsi, la note n’est plus seulement un outil pédagogique, mais peut devenir une arme commerciale. On ne juge plus uniquement ce que l’élève sait, mais aussi où il va après la classe. Ceux qui choisissent un autre enseignant, ou qui n’ont pas les moyens, se retrouvent en périphérie du système, coincés entre peur, injustice et silence. Ces comportements, lorsqu’ils existent, prennent la forme d’un chantage morale : Pour de meilleurs résultats, il faudrait ‘’passer par la bonne porte’’

Plus troublant encore, ce jeu ne se déroule pas toujours en cachette. Il arrive que cela se fasse avec la complicité silencieuse, voire active, de certains directeurs d’établissements. Par tolérance, par intérêt ou par peur du conflit, des dérives sont laissées sans contrôle. L’administration scolaire, censée protéger l’équité, devient alors spectatrice d’un système qui se normalise.

Ainsi, l’école, censée égaliser les chances, finit par les trier. Les familles qui paient avancent plus vite. Les autres stagnent. La confiance s’effrite. Les élèves apprennent moins la matière que la stratégie : à qui se rattacher, chez qui s’inscrire, comment éviter de ‘’déplaire’’.

Et pendant ce temps, la salle de classe change de visage. Elle ressemble moins à un lieu de savoir qu’à une antichambre commerciale où chacun défend son territoire pédagogique.

Face à ces dérives, des solutions existent. Il ne s’agit pas d’interdire les cours particuliers, mais d’en fixer clairement les limites. La classe ne doit pas devenir une vitrine, la note une monnaie d’échange, ni l’élève un client captif.

Il est aussi essentiel d’encourager une véritable transparence des pratiques d’évaluation des acquis. Publier les barèmes, partager les corrigés types, expliquer les critères de notation permet de réduire les soupçons d’arbitraire et de restaurer un climat de confiance. Quand l’élève comprend pourquoi il a obtenu telle ou telle note, l’évaluation redevient un outil pédagogique, et non un instrument de pression.

À cela s’ajoutent la nécessité de la mise en place des mécanismes d’écoute et de signalement sûrs et anonymes pour les élèves et les parents, suivis d’enquêtes impartiales, ainsi que le développement de dispositifs de soutien gratuits dans les établissements, et le rappel constant de la déontologie professionnelle.

Car quand la guerre des cours particuliers déborde sur l’école, ce n’est plus seulement une concurrence entre enseignants. C’est une fracture dans la mission même de l’éducation.

Former, évaluer équitablement et protéger l’élève doivent rester la priorité. Le reste, y compris la course aux clients, doit s’arrêter à la porte de la classe.

Sara Boueche

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