N’y a-t-il pas une forme de cruauté dans la vitesse à laquelle le nom de Xabi Alonso s’est évaporé des débats ? L’entraîneur avec lequel le Real Madrid avait lancé sa saison a été remercié suite à sa défaite en finale de la Supercoupe d’Espagne. Quelques semaines plus tard, l’écho de son passage s’est déjà dissipé autour du club ‘Merengue’. « Quelle injustice ». « Personnellement, je trouve ça bien ». « Il avait perdu le vestiaire ». « Ils auraient dû lui laisser plus de temps ». « Mais n’avez-vous pas vu ce qu’il a accompli à Leverkusen ? ». Tous ces points de vue, légitimes tant qu’ils restent courtois, ont été balayés par l’urgence du calendrier et la dictature des résultats. Álvaro Arbeloa est à la tête de l’équipe depuis trois rencontres et, fort de deux succès consécutifs, il commence à focaliser toutes les attentions : quel entraîneur est-il vraiment ?
Comme pour tout ancien joueur de haut niveau, son parcours est passé au peigne fin pour déceler ses influences. Sous la houlette de Juan Ramón López Caro, Mariano García Remón, Vanderlei Luxemburgo ou Miguel Ángel Portugal au Real, de Joaquín Caparrós au Deportivo La Corogne, de Rafa Benítez à Liverpool, puis de Manuel Pellegrini, José Mourinho, Carlo Ancelotti, à nouveau Benítez, Zinédine Zidane et enfin Slaven Bilic à West Ham United, Arbeloa a tout connu. Mais c’est ‘The Special One’ qui l’a le plus marqué, un mentor auquel il rend hommage dès qu’il en a l’occasion. Ses récentes sorties médiatiques ne trompent pas. Interrogé sur les propos acerbes du Portugais — « je suis surpris que les meilleurs clubs du monde soient dirigés par des entraîneurs sans histoire » — Arbeloa a botté en touche avec élégance : « Quand un entraîneur avec un tel palmarès s’exprime, j’essaie toujours d’écouter et d’analyser« .
Sur le rectangle vert, il a eu tout le loisir d’analyser la méthode Mourinho entre 2010-11 et 2012-13. Véritable homme de confiance, il a été titularisé lors de 119 des 136 matchs qu’il a disputés sous ses ordres. Dans un contexte de rivalité exacerbée avec le FC Barcelone de Pep Guardiola, il a terrassé les ‘Culés’ à cinq reprises, concédant trois revers et cinq nuls. Fait notable : il n’est resté sur le banc que lors de deux ‘Clásicos’ sur cette période. En d’autres termes, il fut un acteur majeur de l’épopée la plus intense écrite par le Portugais, celle-là même qui a fait couler tant d’encre lors des affrontements électriques entre la capitale et Barcelone. Ce contexte est primordial pour comprendre son ADN : Arbeloa a intériorisé la culture de la gagne dans des situations de tension extrême.
Mais dans quelle mesure cet héritage forge-t-il son profil de coach ? Il serait prématuré de tirer des conclusions définitives. Pour l’heure, Álvaro Arbeloa n’affiche que trois matchs au compteur dans l’élite, le reste de son expérience s’étant forgé dans les catégories inférieures du Real Madrid. Les observateurs notent déjà une protection farouche de son vestiaire, un trait de caractère qu’il partage avec son mentor, mais aussi avec bien d’autres meneurs d’hommes. Tactiquement, il refuse pour l’instant toute structure rigide. Il prône une certaine liberté d’action, convaincu que le talent intrinsèque de ses joueurs est la clé du succès. Il privilégie l’expression créative plutôt que de brider ses ‘cracks’ dans un plan de jeu trop restrictif.
Cette approche polyvalente semble s’éloigner de la rigueur défensive et du jeu vertical prônés par José Mourinho… à moins que ce ne soit qu’une façade. Si le premier aspect semble moins marqué chez l’actuel coach ‘merengue’, le second gagne en importance : il n’hésite pas à donner carte blanche à ses défenseurs et milieux pour accélérer le jeu dès que ses flèches amorcent une course. Il faut aussi rappeler que l’actuel entraîneur du Benfica s’est imposé comme le prédicateur du bloc bas et de la compacité, principalement pour contrer le Barça de Guardiola et sa possession hégémonique. Un autre facteur entre en jeu : le statut de favori du Santiago Bernabéu. Arbeloa conservera-t-il la même philosophie face aux cadors européens que face aux équipes plus modestes ?

Des retrouvailles sous haute tension
La poignée de main entre Álvaro Arbeloa et José Mourinho sur la pelouse de l’Estádio da Luz sera scrutée par le monde entier. Dans une ambiance de corrida, le Madrilène doit impérativement ramener les trois points pour valider l’après-Xabi Alonso et prouver que ses ambitions en Ligue des champions et en Liga sont intactes. De son côté, le club ‘Encarnado’ est virtuellement éliminé de l’UCL et doit l’emporter pour arracher une place en play-offs. C’est précisément le genre de scénario que ‘The Special One’ affectionne, celui qui fait ressortir son instinct de compétiteur le plus aiguisé. L’un des enjeux sera d’observer son attitude face à une institution qu’il a toujours chérie. Si sa combativité ne fait aucun doute, fera-t-il preuve de ce sarcasme et de cette ironie qui font le délice des spectateurs ?
Poussés par un public incandescent, les Portugais bénéficieront d’un avantage psychologique certain à domicile. Les deux victoires glanées par Arbeloa l’ont été sur ses terres : ce déplacement chez le voisin lusitanien fait figure de véritable épreuve du feu. Pour les ‘Merengues’, l’objectif sera d’être d’une efficacité clinique devant le but tout en affichant une solidité défensive irréprochable. La charnière Raúl Asencio – Dean Huijsen sera particulièrement surveillée. Le jeune académicien devra corriger ses sautes de concentration et canaliser une audace parfois préjudiciable dans les duels. Ce ‘vice’ et ce métier sont précisément les spécialités de la maison d’en face. Les Madrilènes ont-ils bien révisé leurs classiques ?
Le dénouement sur le terrain sera étroitement lié aux résultats des autres pelouses lors de cette journée unifiée. Si les Lusitaniens doivent impérativement s’imposer, ils garderont un œil sur le classement de la reine des compétitions. Rappelons qu’avec le nouveau format, la différence de buts est le critère de départage suprême. Avec un ratio de -4, Benfica navigue entre l’ombre (le -6 de Copenhague) et l’espoir (le +1 du PSV). Côté espagnol, si la première place est désormais hors de portée, s’emparer de la deuxième place serait accueilli comme une véritable victoire symbolique.
SELON BESOCCER


