Le dossier des Algériens déportés en Nouvelle-Calédonie refait surface. Le ministère des Affaires étrangères annonce des mesures pour renforcer la prise en charge de leurs descendants.
Le dossier des Algériens déportés en Nouvelle-Calédonie par la France coloniale revient à nouveau sur la scène. Envoyés par force à l’autre bout du monde, ces exilés ont laissé une descendance qui revendique aujourd’hui le renforcement de ses liens avec sa terre d’origine.
Sous l’impulsion d’un reportage réalisé par l’influenceur algérien Mehdi Chettah, lors de son voyage en Nouvelle-Calédonie, et des initiatives parlementaires récentes, la question de leur reconnaissance et de leur lien avec la patrie algérienne revient sur la table.
D’ailleurs, le député de la diaspora, Abdelouahab Yagoubi, a adressé au ministère des Affaires étrangères une question écrite en mars dernier.
Abdelouahab Yagoubi soulève la question des Algériens exilés en Nouvelle-Calédonie
Le député de l’immigration a exposé dans sa question l’ampleur de ce crime colonial : plus de 2 000 Algériens ont été envoyés de force vers la Nouvelle-Calédonie. Aujourd’hui, plus de 15 000 de leurs descendants y vivent encore.
Dans question portant le slogan « Ce ne sont pas des migrants… ce sont des exilés« , Yagoubi a déploré l’absence de représentation consulaire de proximité, soulignant le parcours du combattant que traversent ces ressortissants qui dépendent de Paris située à 16 700 kilomètres.
Par ailleurs, l’élu a plaidé pour la reconnaissance de leur identité algérienne, tout en demandant au ministère de préciser le calendrier de la prise en charge de ce dossier. Il a également insisté sur la nécessité d’un plan concret pour pallier le manque de présence consulaire en Nouvelle-Calédonie.
Le MAE répond
En réponse au député, le ministère des Affaires étrangères a affirmé que le dossier des descendants d’Algériens déportés par l’occupation française en Nouvelle-Calédonie et d’autres régions du monde occupe une place particulière pour les autorités algériennes.
En effet, le ministère a détaillé la stratégie gouvernementale sur trois plans, à savoir : humain, historique et institutionnel. Concrètement cela se traduit par l’intégration des descendants aux commémorations nationales et leur invitation à des rendez-vous d’envergure, à l’image de la Foire intra-africaine commerciale organisée en septembre 2025.
Concernant l’accès aux services consulaires pour la communauté résidant en Nouvelle-Calédonie, Ahmed Attaf a annoncé que des facilités ont été mises en place. Désormais, ils pourront bénéficier des services consulaires auprès de l’ambassade d’Algérie en Australie, afin de leur éviter le long voyage vers le consulat à Paris où ils étaient initialement rattachés.
En Nouvelle-Calédonie, l’exil forcé des Algériens
A la fin du XIXe siècle, alors que l’Algérie se soulevait pour sa liberté, des révoltes éclatent, notamment celle de Mokrani en 1871-1872, conduite par des chefs kabyles contre l’occupation française. Après la capture et les procès, plus de 2000 hommes sont condamnés à la déportation vers la péninsule lointaine de Nouvelle-Calédonie, souvent inscrits sous un simple numéro, envoyés au bagne pour expier leur insurrection et leur désordre perçu.
Parmi ces exilés, des hommes comme Cheikh Boumerdassi ont enduré un voyage épuisant de 129 jours à bord de La Loire pour atteindre Nouméa en 1874. D’autres, comme Abdallah ben Achour, ont subi le même sort quelques années plus tard : condamné aux travaux forcés, il fut envoyé en 1890 sur Le Calédonien pour être affecté aux chantiers du bagne.
Dès l’embarquement, le calvaire commençait : enchaînés et entassés dans des navires durant des mois, de nombreux déportés n’ont jamais survécu à la traversée. Une fois en Nouvelle-Calédonie, ces hommes étaient condamnés aux travaux forcés pour bâtir les routes et les infrastructures de la colonie. Dans des conditions proches de l’esclavage, ils sont devenus la main-d’œuvre sacrifiée du développement de l’archipel.
